Comment vous dire ?...

Notre Dame des chagrins

Elle a donc pris feu la cathédrale tant chantée des poètes. Un court-circuit, une maladresse, un coup de blues, qui sait. Mais que de chagrins la flambée inattendue de cette pluri-centenaire m’aura créés en quelques heures.

Le chagrin immédiat du départ en fumée de siècles de labeur acharné de la part des compagnons du Moyen Âge, ces maîtres artisans qui n’avaient d’autre but que l’excellence manuelle, loin des tableaux marketing et des objectifs de rentabilité. Plus de 850 ans que leur chef d’œuvre résistait vaillamment, au temps, aux guerres et aux architectes iconoclastes. Et hop ! Un coup de vent ! Visiblement ce chagrin a été partagé telle une traînée de poudre à travers le monde entier. Ce qui a un côté presque rassurant quant à l’importance des images patrimoniales dans l’âme humaine. Mes amis grecs m’ont tous présenté leurs condoléances. Ils semblaient parfois plus tristes que moi.

Mais tout de suite après, me sont venus d’autres chagrins. Celui de l’hypocrisie d’un gouvernant qui fanfaronne : « Nous la reconstruirons en cinq ans parce que nous le pouvons bien ». Si fier de sa volonté de rester maître du temps. Alors qu’il ne s’agit que de promettre bonne figure aux investisseurs et sponsors des futurs jeux de l’an 2024. Sans attendre les avis des experts sur l’état de la structure, sur les besoins de renfort, sur les projets de reconstruction possibles, on impose une consigne qui ne relève déjà que du profit.

J’entends à la radio : « un milliard d’euros collectés en une seule petite journée ». Ça, pour moi, c’est le chagrin de l’indécence. Des centaines de millions défiscalisés pour des entrepreneurs déjà milliardaires, qui vont encore faire du bénéfice par-dessus un « plan com » aussi inattendu que bienvenu. Les mêmes sommes pourraient sortir de la rue, d’un seul coup, les centaines de sdf qui y pullulent désormais sans même arrêter l’œil des passants. Ces exclus auxquels les églises ferment leurs portes la nuit, la grande Notre Dame y compris. Mais aucun de ces « bienfaiteurs » ne songe à donner pour une action aussi peu lucrative.

Au-delà de ces réflexions mesquines, sans doute, je ressens aussi le chagrin d’une spiritualité blessée, d’une perte de sens général que les flammes et la fumée auraient symbolisée en forme d’impuissance, de désespérance, d’appel à plus haut. Et je doute que cette blessure réclame le seul pansement de l’argent. Même si ça ne peut pas faire plus de mal…

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

29.09 | 08:21

quel plaisir de voir que tu as repris la souris, te répondrai directement bientôt.
Monique

...
28.09 | 22:04

et la vie continue ses avancées, sourdes et aveugles aux mouvements chaotique et bruyant de la fourmilière anarchique actuelle qu'est l'humanité....

...
28.09 | 22:01

si juste et si bien exprimer, bravo ! ...

...
28.09 | 21:58

QUel beau texte, magnifique expression de cette si cruelle et réelle vérité.. une question si simple est posée... ou se trouve donc la continuité de la Vie ?

...
Vous aimez cette page