Et encore une !

Kafkaïenne Europe

Ce fut un lundi comme un autre à Gythio.

Je me suis levée au matin avec le douloureux présage d’une matinée difficile : je devais à nouveau affronter la nébuleuse administration européenne. Je n’avais pas vraiment l’envie, ni même l’urgence, d’aller me battre avec les mercenaire des armées bruxelloises. Ça pouvait encore attendre un peu. Et de toutes manières, comme dans tout bon jeu de société, on trouve rarement seul la sortie du labyrinthe. Et je me sentais bien seule. Mais bon, disons que j’essaie de faire les choses correctement.

Pour vous résumer, en quelques mots, j’essaie, depuis des mois, de rentrer dans les normes des assurances santé malmenées par mon déménagement au pays des dieux. Ne souriez pas. Je n’avais pas idée du piège dans lequel je m’étais emberlificotée. Ceux qui me suivent savent déjà quelles chicanes j’ai dû franchir pour acquérir un véhicule d’occasion immatriculé grec, le précédent mien, français, ayant été viré manu militari par les douaniers locaux. « Pas plus de six mois dans le pays, chère madame, telle est la loi ici ! Et ne vous plaignez pas, en France, c’est pas plus d’un mois, mais peu de gens le savent… » Mais ce n’était que broutilles à côté des droits d’un assuré social d’un pays européen à un autre. En fait, c’est quasiment impossible. Ou du moins, c’est l’impression que j’en retire après moult courriers, démarches, visites, tampons et incongruités.

Aucune instance française ne me répond la même chose. Ils sont déjà trois bureaux différents à s’occuper de mon cas, pas un n’est d’accord avec l’autre. Pour en satisfaire au moins un, j’en suis donc déjà à quatre matinées passées entre la mairie, les services d’aide aux citoyens, les bureaux logistiques, les assureurs, les bloqués butés demandant des traductions certifiées, et tarifées, cher !, de tous mes papiers, les gentils, les « va voir ici », les « mais non, demande plutôt là », ceux qui t’entendent, te sourient, te comprennent (du moins le crois-tu) mais te disent : « Et oui, c’est comme ça. On n’y peut rien. »

Et puis soudain une éclaircie. Un sourire sous une frange blonde, un anglais parfait et une dextérité informatique qui résout des semaines d’errances et imprime en quelques minutes le matricule dont tu rêves. Ceci dit, je n’ai franchi qu’une marche. L’escalier est encore haut. Mais ce numéro va m’ouvrir la porte d’autres bureaux, d’autres visites, d’autres démarches. Il est heureux que mon état de santé ne réclame pas de gros frais. Je ne suis pas prête de voir arriver des remboursements quelconques. Par contre, les agents de l’assurance retraite française m’ont déjà bien avertie que mes cotisations santé allaient augmenter (comme pour tout le monde je sais), mais alors à quoi bon certains de leurs collègues me demandent-il en même temps de m’immatriculer ici ? Si je comprends bien, je vais désormais cotiser deux fois, et je ne sais toujours pas qui va prendre les soins en charge. Grrrrrrrr ! Parfois je me demande si les Européens ne sont pas tous tchèques...

Mais bon, mon papier en main me certifiant désormais assurée grecque (« Et gardez-le précieusement, on ne vous en donnera pas d’autres ! Vous pouvez en faire des copies mais ne le perdez pas ! »), et envahie d’une euphorie bien méritée, j’ai entamé une de mes tournées impromptues pour célébrer ce grand pas vers un accomplissement encore lointain. Café et ouzo chez les amis des chats et des sdf, vin blanc et omelette chez les pêcheurs du port, refonte du monde autour d’une carafe avec un Anglais en quête de compagnie, extase en terrasse devant un ciel d’orage à la Turner sur une mer de plomb et de mercure, et me voici, pour l’ouzo du soir, devant un grand écran de « kafénïon » où s’agitent de gauche à droite et vice-versa de jolis jeunes gens en shorts. Les Grecs adorent le basket. Moi aussi. On s’entend bien.

Il n'est pas tard. Tout peut encore arriver. C'est un lundi comme un autre à Gythio. Comme je les aime. Et comme ne les comprendront jamais les fonctionnaires de Bruxelles.

 

 

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

...
13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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