Et encore une !

Abondance et pénurie

Je vous ai déjà parlé d’Arna, ce village de montagne pour moi synonyme d’abondance naturelle. Ses habitants organisent chaque automne une grande fête de la châtaigne. Pendant trois jours, les platanes millénaires encore feuillus mais déjà dorés, assistent un peu goguenards au défilé de centaines de visiteurs gourmands. C’en est fini de la sérénité silencieuse habituelle. Les véhicules sont proscrits, des navettes rapprochent les curieux depuis les parkings sauvages semés au long des fossés en contrebas. Un peu avant la place, on se bouscule autour de la poèle géante où grillent les vedettes de la fête. Cadeau de bienvenue, le cornet de marrons brûlants et le petit verre de tsipouro, ce marc de raisin brutal auquel je n’arrive pas à me faire. Mais l’ensemble réchauffe les mains. Car l’altitude commence à se faire sentir fin octobre.

Chacune de ces dernières années, je suis « montée » à la Castania en compagnie d’un pêcheur de mon village, originaire de la vallée. Il retrouvait là-haut les visages de son enfance, de ses vagabondages sous les cerisiers et des baignades de gamin dans les eaux fraîches, très fraîches, de la fontaine généreuse. Nous étions vite engloutis sous les saluts, les invitations, les verres à partager sur l’une des dizaines de tables dressées sous les arbres. Devant chaque maison, chaque taverne, tournent des rôtissoires chargées d’agneaux, de poulets et de porcelets. Menu unique : viande grillée, patates au four et salade grecque, arrosé du vin rosé local dont ils sont si fiers. D’après eux, ce produit de leurs propres vignes accrochées aux pentes du Taygète est garant de leur longévité et de leur réussite. J’ai rencontré un jour deux messieurs, deux Grecs de Philadelphie dont la famille était originaire du village, qui venaient chaque année goûter les fruits des propriétés familiales, avant d’en faire livrer les tonnelets aux USA pour leur consommation personnelle. Je ne suis pas certaine que ce voyage améliorait la vinification déjà sommaire du nectar, mais sa dégustation avant départ fut bien sympathique.

Cette année, je « monterai » avec une Gréco-Américaine, nouvelle habitante du village d’où sont partis ses ancêtres et où vivent encore quelques vieux oncles. Jeune retraitée, elle a décidé de revenir à ses racines. On mesure mal le poids économique de la diaspora pour la Grèce moderne. Sans ses onze millions de membres, ayant à peu près tous réussi à l’étranger, Etats-Unis, Australie, Afrique du Sud, les onze millions restés au pays ne pourraient pas survire aux ukases européens. Et malheureusement les jeunes l’ont bien compris qui s’exilent en masse actuellement pour tenter de gagner ailleurs de quoi permettre à leurs anciens de décliner le plus dignement possible.

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

...
13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

...
Vous aimez cette page