Et encore une !

C’est la fête au village !

Un groupe connu, m’a-t-on dit, donne ce samedi dans le village d’Aréopolis, à 25km de Gythio, le dernier concert public et gratuit de la saison estivale. Allons-y donc !

Le stationnement à l’arrivée est un peu délicat mais je comprends vite pourquoi en pénétrant dans les ruelles pavées du centre. Si j’étais journaliste, je dirais « 10 000 personnes selon la police, 50 000 selon les organisateurs ». Des chaises et des tables partout, dans tous les espaces libres, des milliers de bougies, de lanternes, de guirlandes lumineuses et de photophores ; des familles, des couples, des vieux, des ados, des mômes, des poussettes ; et des brochettes, des crêpes, des sandwichs, des pizzas, des glaces et des sodas en pagaille ; et des vendeurs de ballons, de pralines, de confitures de grand-mère et d’herbes de la montagne.

J’ai finalement conquis de haute lutte une chaise paillée et une mini table ronde le long d’un mur d’auberge dans la rue piétonne centrale. Une fenêtre dans mon dos déverse les flots joyeux d’un cd cubain. Il est 22h et le concert n’a toujours pas commencé. Ça n’inquiète personne. Pour l’instant, on mange. On balade. On boit.

En face de moi, dans une cave chaulée de blanc transformée en crêperie d’un soir, un cuistot en gants noirs garnit inlassablement des galettes toutes faites – que renierait toute Bigoudène bien née, « Trop épaisses, ma fille ! » - de toutes sortes d’ingrédients indigestes, fromages, saucisses, fruits divers, mais visiblement, la mode est aux rondelles de bananes copieusement arrosées de chocolat. Que du léger !

(La musique cubaine envahissant mes oreilles me donne carrément envie de troquer mon ouzo contre un mojito. Mais je résiste. Je commande un second ouzo.)

Aréopolis vit l’été au rythme du tourisme grec et de ses résidents secondaires. Le défilé dans la rue centrale est exemplaire de la différence, du gouffre croissant entre les citadins européanisés, policés, friqués et lookés, et les « bruts » Maniotes restés au pays. Comment peut-on gouverner un ensemble de communautés aussi disparates, comme disait le Général en parlant de nos quatre cents fromages ? Passent devant mes yeux des bobos « île de Ré », chemise à rayures sur bermuda long et mocassins de bateau, des jeunes lycéens et lycéennes branchés sur portables intégrés, des visiteurs de la diaspora anglophone, Australiens, Sud-Africains, arborant leur fric en bannière (pourquoi le Grec fait-il toujours fortune à l’étranger et galère dans son pays natal, mystère ?...), et des « sauvages » mal dégrossis, ou plutôt très grossis, l’obésité et l’œuf colonial étant des caractéristiques, ou des points de repère aisés pour déterminer qui est qui. Par contre, tous, toutes ont un point commun en dehors de leur nationalité d’origine : le smartphone et le regard braqué à intervalles réguliers sur son écran.

Omniprésence de ces connexions mortifères qui auraient pu relier les hommes mais ne font que les enfermer, la plupart du temps, dans un égocentrisme stérile, même au beau milieu d’une fête communautaire.

Comme j’écris ces mots, un Gréco-Américain, un Chicago comme on les appelle ici, s’assied à la table voisine. Il ne pose aucun écran sur la table mais engage immédiatement la conversation avec moi qui n’ai que cahier et stylo en évidence. En dix minutes, nous serons les meilleurs amis du monde pour la soirée. Sans pouce levé, ni smiley virtuel, seulement de vrais sourires.

 

[ Photo de la vedette de la soirée, Grigoris Jr Bithikotos, fils d'une star de la chanson grecque pendant plus de 50 ans, mort en 2005, et dont la chanson phare, "Milise mou", a ravi les récentes vacances de mes neveux.

Pour toi, docteur ! ]

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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