Ça va très vite, non ?!

Pensées flammèches…

Eucalyptus, saules pleureurs, tamaris, cannas, yuccas et basilics ; parasols de paille fanée, transats de plastique bleu, guéridons métalliques couverts de cafés et de bouteilles d’eau, glacières de toutes les couleurs ; jeunes femmes frappant la balle de leurs raquettes de bois, copains virils exhibant leurs frais tatouages sous les bermudas fluos, grands-parents soignant doucement leur arthrose dans le bercement des premières vagues, papas accrochés à leur smartphone, pour suivre quel championnat, on se demande, et des enfants partout, derrière les ballons, sur l’eau, dans le sable, jouant, courant, criant, riant, exigeant, caressant, chahutant, libres de tout ; un dimanche de Pentecôte au bord de la plage, à quelques kilomètres de Gythio.

Un moment familial loin des factures qui s’alourdissent à chaque réunion des ministres des Finances européens, loin du fracas des bombes qui éclatent chaque jour un peu partout dans le monde, loin des berceuses mensongères d’un gouvernement qui n’en est plus un, un moment arraché à l’inquiétude qui taraude désormais tous les parents grecs quant à l’avenir très aléatoire de leur descendance ; pour un instant, on fait comme si, comme avant, quand la joie de vivre était réelle et durable.

Pendant ce temps, en ville, se jouent des psychodrames assez symboliques. Pour respecter une loi européenne (bien sûr !), la municipalité a supprimé d’un trait de plume et de béton les tables de restaurants en bordure du port, et interdit par plots métalliques tout stationnement devant les terrasses. Certains s’extasient devant la vue marine ainsi dégagée. D’autres pleurent la clientèle chic incapable de dîner sans avoir sa voiture sous les yeux et partie en quête d’autres parkings encore libres. Il n’y a plus de parasols, plus d’ombre pour les promeneurs désormais condamnés au cagnard derrière les barrières. « Qu’est-ce qu’on y peut ?! On va s’y faire… »

D’autres résistent et attaquent le maire, qui n’en peut mais. Même la nature s’y met. Il y a deux jours, une inondation de merde véritable a envahi les quais l’espace d’une soirée, surgie d’égouts récemment et sans doute trop rapidement creusés afin d’élargir les trottoirs destinés à compenser la perte d’espace « bord de l’eau » des tavernes. Ce fut une bien belle soirée, pleine de « bruits et d’odeurs »…

Pour moi, je suis un peu triste, ou frustrée peut-être. Il me semble que la spécificité « grecque à l’ancienne » de cet endroit que j’aime vient de disparaître. Je regarde l’eau déserte et désormais isolée derrière son enclos de métal et je cherche la vie, les gens, les cris. M’y ferai-je moi aussi ? Pas sûr… Me reste du chemin avant d’atteindre la bonne dose de fatalisme local.

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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