Ça va très vite, non ?!

Mes « Géorgiques » à moi*

Il est une vallée, à quelques kilomètres de Gythio en direction du Mont Taygète, dont la remontée tortueuse à l’ombre des mûriers et des eucalyptus m’emmène régulièrement à la rencontre d’un Magne ancien, d’une Grèce éternelle, loin des îles aux clichés blancs-bleus. L’ex-sentier muletier aujourd’hui bitumé mais n’acceptant guère plus que l’envergure de ma petite Réno (comme on prononce ici), sinue entre murets et broussailles, entrouvre de loin en loin une vue plongeante sur les oliviers et les fruitiers sauvages ou sur un minuscule village de pierre tapi autour d’une chapelle blanchie de chaux.

Il est aisé de reconstituer la vie agricole et solidaire des gens d’ici. Il suffit de dérouler la liste des noms donnés aux regroupements d’habitations. On devine alors les tâches spécifiques et les compétences particulières de chaque communauté de naguère.

A Pétrina devaient résider les carriers et tailleurs de pierres aptes à monter ces murs à peine jointés qui limitent, délimitent et protègent les biens de chacun.

A Mélitini, j’imagine bien les bergers d’abeilles transhumant leurs caravanes de petites isbas colorées au fil des floraisons aromatiques.

Lémonia me semble reposer au cœur d’une orangeraie non domestiquée, mais offrant à profusion les milliers de citrons indissociables de n’importe quelle préparation culinaire locale, de la côtelette de porc au friand au fromage.

Aucune platitude pour céréales dans ce relief tourmenté. Mais les châtaignes de Kastania ont toujours fourni une excellente farine, accompagnement de viandes ou base de gâteaux cuits dans le lait des brebis et noyés de miel.

Le dessert d’automne était cueilli à Sykia, dans les figuiers aux racines tentaculaires enlaçant les moellons déchaussés des maisons abandonnées, tels les banyans autour des temples khmers d’Angkor.

L’eau coule en abondance entre les pierres. Un village en a retenu la paternité, Paléovrissi ou l’antique fontaine. Probable marqueur d’un temps paganique où naïades et ondines exauçaient les vœux secrets de Narcisses enamourés ou de jeunes filles esseulées.

Et bien sûr, il y a Archondiko, là où devait habiter le chef, l’ancien, le respecté, le juge non officiel mais non contesté, sous le regard duquel se réglaient rivalités et différents, héritages et négociations.

Ethéré, solitaire, planant au-dessus de cette ruche éparpillée où chaque communauté tenait un rôle indispensable au fonctionnement autarcique de l’ensemble, un micro monastère qu’on rejoint en grimpant le long d’un improbable cailloutis pour chèvres. Celui-ci s’appelle Moni Iatrissas, autrement dit le monastère de la guérisseuse. Avec sans doute un pope barbu comme directeur des consciences et baptiste des nourrissons conçus dans le froid et la quasi immobilité de l’hiver, et quelque vieille herboriste pour les soins du corps et l’aide aux accouchements. Tout ce petit monde vit parfaitement sous les yeux de mon imagination.

Cette vallée est un résumé imagé en effet de mon fantasme de vie antique, sans liens dits de réseaux, sans écrans, sans argent vraiment, mais riche de conflits comme d’entraide, de fêtes et de querelles, de vie partagée entre humains, quoi ! Et non de ce désert affectif où me semblent vivre de plus en plus de mes contemporains malgré leurs milliers d’amis virtuels…

[ * Poème de Virgile racontant la vie des champs des anciens Romains en l’an 30 av. J.-C. ]

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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