Ça va très vite, non ?!

Tristes carnavals

Vous avez dit difficultés ? Incontestable. Elles sont là pour tout le monde. La place principale où paressaient chaque matin des tablées de buveurs de café et de commentateurs de foot, ou les familles sortant de l’église après la cérémonie anniversaire de la mort de Pépé, est abandonnée aux quelques moineaux ayant survécu à l’étêtage récent des vieux acacias qui marquaient les coins du quadrilatère à sens giratoire. Privée de frondaisons, la place a un petit air de cancéreuse en quête de perruque. Le cafénion rendez-vous des pêcheurs du port, où se décident les prix d'une criée tacite et où se règlent en aparté les conflits de territoires marins, n’est plus aujourd’hui qu’une coquille vide. Les travaux ont commencé il y presque deux mois. Les moyens fluctuent. Certains jours, ils sont six ou sept à y travailler, puis personne pendant plusieurs jours. Plus d’argent pour les matériaux qu’on achète au jour le jour, tout comme on paie les ouvriers chaque soir, au noir bien sûr. Sans son poumon d’échanges humains, la cancéreuse en est encore plus tristounette.

Demain, c’est carnaval. Deux jours de fête avant le douloureux Carême orthodoxe. Nous attendent quarante jours sans viande, sans poisson, sans rien qui contienne du sang. Autrement dit, quarante jours de poulpes et de calamars importés du Maroc, de lentilles et de haricots, de salade sauvage et de tarama. Ils sont nombreux à respecter ce régime et honnêtement je les admire. Je comprends d’autant mieux qu’ils se noient dans l’ouzo au bout du trentième jour de caoutchouc à la graine, et même bien avant !

Profitons donc du dernier week-end de grillades à volonté. Dans cette optique, quelques restaurants ont investi dans une prestation « bouzouki live » à l’ancienne, avec chanteurs et musiciens. Celui que j’ai choisi ce soir est bien placé sur le port, géré par une famille maniote respectée, fréquenté en mode diurne par des jeunes et quelques anciens du coin. Les quarante-deux places intérieures, trop frais encore le soir pour les six ou sept tables en terrasse, devraient déborder. A 23 heures, ils n’auront toujours, en tout et pour tout, que quinze clients, avec moi. Dont trois jeunes invités par leurs parents qui n’auront de cesse que de se tirer pour finir la soirée ailleurs avec leurs potes. Je n’ose calculer le retour sur investissement du restaurateur.

En cinq hivers passés ici, j’ai vu se clairsemer peu à peu les lieux de rencontre comme celui-ci. Non pas par extinction de l’envie mais par impossibilité de s’y offrir ou d’y proposer à sa famille le plus simple des repas. Ce qui, en dehors de toute considération économique, équivaut à une mise à mort de l’âme grecque. De quoi comprendre les europhobes…

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Commentaires

13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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23.07 | 22:55

Salut chef... Je viens de me souvenir de ce site comment vas tu ? Un petit mail pour avoir de tes nouvelles me ferait plaisir. Gros bisous du moustachu.

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13.06 | 17:25

eh be......

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