Ça va très vite, non ?!

Non, décidément, ça ne passe pas. Une simple lettre circulaire m’a fait bouillir le sang. La banque, sans me demander mon avis, transfère mon compte dans une succursale virtuelle s’occupant en exclusivité des non-résidents en France. En quoi le fait que je me balade à travers la planète les regarde ? Qui leur a demandé de décider de mon domicile ? Suis-je la seule à me sentir épiée, ligotée, encagée, scrutée et dirigée par des robots au service d’un système financier omnipotent ? Depuis quand ne sommes-nous plus clients, facturés lourdement et censés avoir toujours raison, non… de banquiers chargés seulement au départ d’assurer la circulation d’une énergie nécessaire aux échanges humains, la monnaie ? Depuis quand l’argent est-il devenu un bien en lui-même, une marchandise qui s’achète, se vend, se maquille, se trafique, au détriment des humains que sa gestion chiffrée assassine ? Pourquoi n’y a-t-il pas révolution ? Pourquoi n’exigeons-nous pas, violemment s’il le faut, la mise à plat complète de la planète fric, argent sale ou caché inclus ? Nous sommes pourtant plus nombreux que ces quelques manitous soigneusement discrets. Que nous manque-t-il ? L’éducation, la connaissance, le courage, je ne sais pas. Je suis en crise de fureur mais c’est une colère dévorante qui couve depuis longtemps. Nourrie par mon impuissance, par l’hypocrisie régnant en maître, par les mensonges, les manipulations, les « diversions » criminelles, les enfumages cyniques et l’éradication programmée de la partie « non productive » de l’humanité. Comment trouver le chemin de la sérénité là-dedans ? Comment devenir meilleure avant de remettre mon petit bout d’Âme à la Grande Conscience ? Ce soir, je me sens dépassée, inutile.

Si mon frère c’est grave. Et j’en suis désolée. Et je suis désolée de l’être. Le chemin est long.

 

PS. J’ai laissé ce témoignage de ma rage tel qu’il a jailli hier soir. Bien entendu, le matin m’a trouvée calmée. Mais le fond de l’air reste inchangé. Nous vivons sur un volcan et personne ne trouve ça grave. Tiens, le Mont Agung à Bali, lui, vient de se réveiller. Et solidaire sans doute, ma voiture a décidé de ne pas démarrer ce matin. Intrications…

« Vous pouvez les désépaissir s’il vous plaît ? J’en ai beaucoup trop ! Et ils me font une tête toute ronde, je n’aime pas beaucoup… » Combien de fois ai-je adressé cette complainte aux multiples coiffeuses et coiffeurs que j’ai fréquentés au fil de mes pérégrinations ! Ah, si j’avais su, « j’aurais pas d’mandé » gémirait Ti’Gibus.

Mais j’ai demandé. A moult reprises. Et ô surprise, j’ai été entendue. Pour désépaissir, ils désépaississent. Je dirais même plus, ils tombent sans relâche, désertent, se font la malle, grimpent à bord des oreillers, des brosses, des cols, des châles, pour tailler la route et voir le monde sans doute.

Moi qui croyais que l’alopécie était un truc d’hommes ! Encore une idée sexiste. Mais il faut bien dire que, dans ma vie, je me suis pris (au masculin, sic) si longtemps pour un homme qu’après tout, mon logiciel capillaire a peut-être enregistré le changement de genre espéré.

En attendant, il ne reste plus qu’à assumer mes bêtises. La dermato m’a préconisé des traitements aux coûts exorbitants (80€ une lotion faite maison entre autres). J’essaierai une fois, pour voir, avant d’en revenir au bon vieux principe de la demande. Si ça a marché dans un sens, la programmation doit pouvoir s’inverser. Le tout est d’être sincère. Et, en fait, je ne sais pas si cela m’importe tant que ça…

Je me suis « planquée » toute une vie derrière une image tronquée, partielle, pixélisée, dissociée. La chute de ces cheveux, qui sont le symbole outrancier de la féminité depuis l’aube de l’humanité, n’est peut-être qu’un simple rééquilibrage, une demande d’égalité réelle, asexuée.

Inviolable, décisionnaire, autonome et respectée dans sa différence, telle devrait être l’humanité féminine. Et certainement pas composée de subalternes que l’homme attrape par les poils de « la chatte » ou par les cheveux.

Vous dites ? Ah oui, bien sûr que je ne fais que rêver. Mais le fait est que je perds mes cheveux et que je ne sais trop que penser de ce message de mon ordinateur intérieur…

Fin d'été en Laconie, les roses baissent un peu la tête, les corps morts perdent peu à peu leurs barques, l'eau de l'ouzo reste fraîche.

« Moi », dit souvent mon voisin à qui veut l’entendre, « j’ai trimé toute ma vie pour que celle de mes enfants soit meilleure. Je ne comprends pas que mes impôts servent à accueillir toujours plus d’immigrés plutôt qu’à améliorer l’avenir de mon fils, né ici lui ! »

« Nous », disent les Catalans, les Lombards, les Flamands, « nous sommes plus travailleurs que les fainéants des provinces voisines. L’argent que nous gagnons doit rester dans notre région. C’est nous qui le méritons. On ne veut plus compenser le laisser-aller des autres. »

« Moi et mes petits camarades financiers », dit l’inénarrable docteur Schaüble, « nous savons mieux que tout le monde ce qui est bon pour l’Europe. En tant qu’Allemand prospère, je refuse de cotiser pour éponger la dette bien méritée de ces tricheurs de Grecs. (1)»

« En tant que président des USA, je suis le maître du monde », se persuade Donald Trump. « Je ne laisserai plus aucun métèque pénétrer chez moi et je rayerai de la carte tout pays faisant mine de lever le menton. Je peux le faire et je le ferai ! »

« Nous », rigolent doucement les vrais maîtres du monde que sont les invisibles marionnettistes des diverses internationales de la finance, de l’agroalimentaire, des énergies fossiles ou de la mainmise sur le vivant au détriment de la vie humaine, « on sait où on va. Une petite épidémie par-ci, un petit krach par-là, une pénurie concertée, un coup de pouce à l’économie parallèle de la drogue, et hop ! nous résolvons le problème de la surpopulation. A mort les pouilleux, nous avons besoin d’espace pour nos propres familles, parce que nous le valons bien, non ?! »

« Moi », se dit Dieu de temps en temps quand il jette un œil sur sa “création“, « ces gens me fatiguent. Il est peut-être venu le temps [ je sais bien qu’il n’existe pas ! (rires) ] de mettre fin à l’expérience. On dirait bien que malgré la totale liberté et le super terrain de jeux que je lui ai offerts, l’Homme ne veut toujours pas grandir. Il doit y avoir un bug qui m’a échappé dans sa programmation. L’incapacité de penser le partage, peut-être ?... Allez, à refaire ! »

 

(1)    Lu dans Marianne du 13 octobre, à propos du changement de poste de Wolfgang Schaüble , abandonnant son rôle de ministre des Finances pour prendre la présidence du Bundestag : « … Au même moment, la Banque centrale européenne révélait que la crise grecque avait rapporté près de 8 milliards d’euros à la BCE entre 2012 et 2016, via les revenus des intérêts des emprunts d’Etat grecs, dont 1,34 milliard ont fini dans les caisses de l’Allemagne. Au plus fort de la crise grecque, les Européens avaient envisagé de rétrocéder ce pactole à la Grèce, histoire de ne pas s’enrichir sur le dos d’un pays à qui l’on reproche son endettement. C’est Schaüble lui-même qui a mis son veto. Rien que pour ce geste, il était naturel de saluer ce grand personnage, symbole d’une Europe de la solidarité et du partage. » Jack Dion

… de l’été au Blue Beach Bar.

Quelques transats épars sur la plage dont profitent trois Allemands récalcitrants au retour en Germanie. Un Grec sexagénaire et solitaire qui assure sa forme au fil de brasses vigoureuses. Sous l’eucalyptus, un quarteron de buveurs de café qui commente les dernières hérésies de leurs hommes politiques. Stavroula, la plus souriante des serveuses de tavernes à cent lieues à la ronde, a troqué ses débardeurs colorés pour un blouson en polaire grise, mais a gardé son short. Un léger vent m’invite à couvrir mes propres épaules puisque je tiens à rester à l’ombre. Oui, sans doute vivons-nous les derniers jours d’été, en ce 4 octobre tout de même. Mais la lumière qui baigne à nouveau un air non surchauffé redessine les crêtes et les rivages avec une netteté retrouvée. Les chênes verts et les orangers reluisent et les berges des routes et chemins reprennent des couleurs, ajoncs dorés, chicorées bleutées, lentisques rutilants, bruyères violacées, fini le jaune paille et la poussière de la canicule.

Dans les baffles du bar, que le patron sait ne pas pousser, un saxophone discret, et entre mes deux oreilles, la chanson des vaguelettes paisibles qui font rouler les mini galets de la grève et que ne couvrent plus les cris joyeux des enfants désormais en classes. Un « elléniko sketo » à la fois doux et amer pour enchanter le palais, et me voici à nouveau en plein exercice de mes cinq sens.

Avec la certitude sereine d’être à UN bon endroit à UN bon moment, pour moi. Et les soubresauts d’un monde agité, les niaiseries trumpéiennes, les horreurs birmano-nigério-yéméno-etc., la liste serait trop longue, les méprisants effets de muscles macroniens, les folies transhumanistes d’inventeurs inconscients, les destructions systématiques d’exploiteurs jamais rassasiés, n’y changeront rien.

Tiens ! un moustique, un autre attardé de l’été sans doute. Ma foi, qu’il profite lui aussi de ces heures de calme, ses dernières à lui. Je ne l’aplatirai pas.

Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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