Posée ?...

La machine à glace

Gling. Degling. Klackit. Regling digiling… Ils tombent, s’abattent, s’empilent, s’entrechoquent. Longtemps espérés, réclamés en vain, les voici enfin. Les glaçons ! Indispensable complément des ouzos, tsipouros et autres jus d’oranges, à qui ils faisaient défaut depuis plusieurs jours. Le sourire de Pandélis est sans accroc, il exhibe sa dentition aussi nickel que travaillée.

(Une heure avant :)

-          Ah ! Peter ! Merci. C’est la pièce qui manquait. Enfin ! Huit jours pour arriver. Heureusement que tu passais devant la gare routière !

-          Pas de problème, j’y passe tous les jours, tu le sais. C’est bien la bonne pièce ? [ En italique, les réponses en anglais d’un habitué des lieux, Hollandais, vacancier, retraité dans ce bout du monde grec depuis des années, il comprend à peu près ce que lui dit Pandélis en grec mais ne se hasarde pas à lui répondre autrement qu’en anglais. ]

-          Attends, on va vite savoir. Giorgo ! Éla édo ! Viens là !

Le dénommé Giorgos est électricien et n’a pas l’air fier. Visiblement cela fait des jours que dure la panne et il n’en est pas venu à bout tout seul.

-          Mets-moi ça en place et appuie sur le bouton !

Giorgos plonge sous le comptoir.

Pandélis le surveille de près, penché au-dessus de lui.

Peter a pris du champ, il est repassé devant le zinc. On ne sait jamais.

Quinze minutes, une demi-heure passent, entre essais infructueux, échanges de jurons et mots doux, reculs instinctifs de Peter à chaque tentative de remise en route de la machine infernale. Ça pète, ça crache, ça proteste… mais ça cale. Je sens venir la crise. Plus personne ne rigole et les bières sont vides.

Une dame, une habituée visiblement, arrive et s’installe. Elle est monumentale, une cinquantaine d’années noyées dans plus d’un quintal et demi de chair et de jersey bordeaux, les ongles ripolinés s’agitant sur un clavier rose Barbie.

L’agitation inefficace et bruyante des garçons derrière elle finit par l’agacer. Elle lève la tête, contemple la scène un moment, se lève elle-même, se penche sur le comptoir et désigne un « truc » de son index laqué. Un « truc » qui dépasse mon grec de loin.

La dame s’est rassise. Les hommes se sont tus. Et dans les minutes du silence retrouvé qui ont suivi, la machine a craché ses premiers glaçons.

J’ai souri. En silence.

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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