Posée ?...

Disneyland

Une ville a jeté l’ancre devant le village. Il s’en échappe une noria de bulles flottantes rouges et blanches qui convergent sans heurts vers le quai principal, et libèrent chacune à leur tour des escouades de bipèdes colorés. D’abord désorientés de se trouver soudainement sur un sol ferme, les passagers contemplent un court instant le rectiligne de nos façades néo-classiques qui doit les purger brutalement de l’horizon mouvant qui est le leur depuis le début de la croisière. Mais bien vite la passion de chacun les emporte et tout se remet en mouvement.

Devant la terrasse ombragée où tiédit paisiblement mon café frappé du matin, défile alors sous mes yeux un bel échantillon d’humanité occidentale. De type caucasien, comme on dit dans les meilleurs commissariats, avec pour point commun la présence obligatoire d’un couvre-chef, que j’imagine préconisé par les hôtesses du bord : « Nous sommes arrivés en Grèce, méfiez-vous du soleil ici ! »

La moyenne d’âge est respectable, largement au-dessus de la cinquantaine. Les rythmes sont variés, du vieillard chancelant appuyé sur sa canne au pataugas martial décidé à attaquer la colline, du regard furtif et timide derrière d’énormes lunettes de soleil à l’œil effronté dissimulé par l’objectif de l’appareil photo, de l’ado énervé en quête urgente de wifi (« You have ouaïe faïe ? ») pour recontacter la tribu restée au pays, à sa mère aux aguets de la première boutique où chiner « ces colifichets qui ne coûtent rien ici et qui feront plaisir à la voisine qui arrose les plantes ». Quelques-uns plus curieux que d’autres marchandent une excursion dans les environs avec les chauffeurs de taxis ravis.

Tiens, voici même un galonné à trois barrettes, vêtu de blanc des épaulettes à la pointe de ses tennis en cuir, le bipper bien visible à la ceinture, « peuvent rien faire sans moi à bord en cas de problème ! ». Lui aussi cherche un cadeau sympa dans les antres à souvenirs, sans se douter que la plupart des objets estampillés « made in Greece » proviennent de Turquie.

Les smartphones chauffent, selfisent, imêlent, snapshatent (je ne sais même pas de quoi je parle), relient Gythio au reste du monde l’espace d’une escale. Je me demande souvent combien de milliers d’images de poulpes se balançant sur une ficelle sans souci des guêpes et des mouches voyagent ainsi sur les réseaux. « Aoh ! Look at that ! How nice !!! » Leur dirons-nous qu’ils contemplent un folklore gastronomique quasi révolu et que, la pollution chimique des orangeraies voisines déversée dans les eaux du golfe ayant fait fuir les « octapodia » au large depuis bien longtemps, ces tentacules si graphiques arrivent désormais de Casablanca, elles aussi à bord de bateaux, mais en containers réfrigérés ? A quoi bon…

La Grèce (comme la France bientôt ?!) devient un parc de loisirs encore bon marché pour Occidentaux bien-pensants, tranquilles et triomphants. Chacun à sa place sans doute…

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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