Sous l'œil de Zeus

Echanges

-          Désolé, Monsieur Miaoulis, mais vous n’avez pas droit aux subventions européennes.

-          Mais enfin, la Grèce fait partie de l’Europe et je suis paysan. Ma famille élève des brebis dans le Péloponnèse depuis des générations.

-          Justement ! Vous élevez trop de brebis.

-          Pardon ?!

-          Pour avoir droit aux subventions de la PAC, vous devez répondre à certains critères et notamment satisfaire aux quotas établis par nos techniciens agricoles.

-          Ça veut dire quoi pour moi ?

-          Pour vous comme pour toute la Grèce, vous devez oublier la monoculture, ne pas envahir le marché européen avec le lait et les fromages de vos brebis. Pas plus qu’avec vos oranges d’ailleurs. Vous en produisez beaucoup trop.

-          Mais regardez notre terroir. Ce n’est que de la caillasse pentue et des épineux de garrigue. Aucune autre bête qu’une chèvre ne peut s’épanouir ici. Pour les brebis, c’est déjà beaucoup de boulot et nous avons bien du mal à leur fournir assez de fourrage l’hiver.

-          Ce n’est pas mon problème. Je ne connais pas votre pays. Je vis à Bruxelles et je déteste la campagne. Je peux seulement vous répéter que si vous voulez être admis au registre des subventions, vous devez élever tant de vaches, et cultiver tant de maïs, entre autre.

-          Du maïs ?! Vous êtes cinglé ! Nous n’aurons pas d’eau pour l’arroser.

-          La banque européenne vous prêtera de quoi faire des forages et irriguer vos terres.

-          Mais quelle terre ? Vous ne comprenez pas. Ici, dans le Magne, il n’y a aucune terre arable. Juste des pierres et des ajoncs.

-          Je suis navré. Ce sont les règles et vos dirigeants les ont votées.

-          Nom de Zeus ! Aucun de ces messieurs d’Athènes n’est jamais venu voir mes bêtes. (soupir) Que me conseillez-vous ? Nous avons besoin de cet argent. La crise est là, vous le savez.

-          Achetez des vaches. Vous avez droit à une prime spéciale à l’achat.

-          C’est complètement ridicule. Alla, ti na kano ?! (« Qu’y puis-je ? » Formule fataliste qui scande toutes les conversations de bistrot ces derniers temps.)

• • •

-          Regarde-moi ces pauvres bêtes. Elles n’ont même pas assez de lait pour nourrir leurs veaux.

-          Je sais. Manger du foin en plein été ne leur convient pas. En plus, le fourrage qu’on leur donne en ce moment va nous manquer cet hiver.

-          Bof ! Nous n’avons plus beaucoup de brebis dans l’enclos de toute façon. Et on pourra toujours leur donner le maïs qui a séché sur pied faute d’eau. Les puits sont secs.

-          Ils avaient pourtant prévu de gros tuyaux. C’est pas bien beau d’ailleurs sous les oliviers. Ça ravine le sol et c’est inutile au final.

-          Ne sois pas défaitiste. Tu as touché tes fameuses subventions tout de même !

-          Oui. Et j’ai acheté l’Audi avec. Et maintenant ?! Qui va me donner de quoi remplir le réservoir ? Je n’ai plus rien à vendre.

-          T’es trop gourmand.

-          Je suis surtout trop bête. Mais je ne suis pas le seul. Ti na kanoumé ?! (« Qu’y pouvons-nous ? »)

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

...
13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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