Rebonjour la Grèce

Un dimanche en famille

« On pourrait aller voir ma sœur demain. Il y a longtemps que je ne suis pas monté au village. » Echange d’un samedi soir en taverne. Celui qui parle ainsi est un pêcheur dont je connais les rendez-vous aléatoires soumis aux caprices de la météo qui lui font prendre la mer en pleine nuit sur un simple appel nocturne de son patron. Ajouté à cela la très nette propension locale à ne jamais tenir ses engagements, je flânais donc sur les quais en fin de matinée de ce dimanche sans l’ombre d’un souvenir de cette invitation pour le moins floue. Erreur.

« Pou isai ? » Coup de fil impératif cette fois. Ma voiture et son chauffeur étaient impatiemment attendus. On allait « au village », donc dans la montagne d’où viennent tous les Grecs de la péninsule transformés en marins, hôteliers et boutiquiers lors de l’avènement du tourisme balnéaire des années 60. Nous voilà donc partis. La route, sinueuse, étroite, simple ruban d’asphalte noyé entre lauriers roses et bleus chardons echinops, est déserte et magnifique. A peine quelques kilomètres et nous sommes déjà en altitude, le Taygète en surplomb, un torrent qui court à gauche, un canyon rougeoyant plus loin, des oliviers en terrasses, quelques hameaux perchés dans le lointain. Des noms de villages évocateurs d’un monde paysan : Drosopygi, le puits rafraîchissant, Petrina, la pierreuse, Lemonia, le citronnier, Paléovrisi, la vieille fontaine…

Des mûriers platanes, des agrumes géants, une canopée de vigne aux grappes déjà formées, une cour de béton encombrée et des visages enchifrenés par la sieste apparaissant peu à peu aux portes. Nous sommes arrivés. Un débarras pour se mettre à l’abri de l’orage qui menace, et qui va en effet nous inonder tout l’après-midi, une table bancale, des cartons en vrac, un extracteur de miel, un vieux pressoir poussé dans un coin, une débroussailleuse, des glacières, des bidons vides, et des voisins vite prévenus. Le petit Nicolas est en visite ! Et avec une Française ! C’est la fête. Bières, cocas, cigarettes, concombres, ragoût d’agneau, rayons de miel, tout est posé devant nous en un rien de temps. Et les chants démarrent. Tout le répertoire. Des heures de chansons reprises en chœur par tout le groupe, des joyeuses, des tristes, des patriotiques, des amoureuses, des drôlatiques, ils les connaissent tous, de l’ancêtre de 86 ans au jeune neveu de 16 ans à peine.

Entre deux refrains, on parle football, il y a grand match ce soir, famille, des souvenirs d’une enfance plutôt douloureuse, pêche, « la mer, elle est difficile, c’est comme ça, c’est pas drôle », et de réjouissances futures autour de deux petits porcelets attachés dans la cour et promis à un brillant avenir de rôtis dans quelques semaines. Je suis invitée bien sûr. D’ailleurs, comment leur « petit Nicolas » pourrait-il monter au village sans un chauffeur, même étrangère. Ma foi, je reviendrai volontiers. Aucun chichi ni faux-semblant. On ne prendra pas rendez-vous. Un soir dans une taverne, quelqu’un dira : « et si on allait chez ma sœur demain ? » et la journée sera belle. Certainement.

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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