Rebonjour la Grèce

Vous avez dit « machisme » ?

Au fil de mes rêveries de promeneuse solitaire, je suis peu à peu devenue une habituée de certaines terrasses discrètes, de certaines salles enfumées, de tavernes reculées. Elles se sont imposées à mon goût par leur ambiance traditionnelle, aucune recherche de design international pour séduire les flux touristiques ou les jeunes locaux en quête de modernité. Elles m’ont parlé grec et non pas cet anglais envahissant qui globalise la planète. Elles m’ont donné mon âge et mon rang. Pour tous ces vieux Grecs masculins assis là à longueur de journée, je suis une femme. Certes un peu bizarre puisque je me balade seule, coiffée bicolore, vêtue multicolore, toujours un journal, un livre ou un carnet et un stylo à la main. Ils me prennent pour un écrivain, c’est mon sésame, l’autorisation de me comporter à l’opposé de leurs épouses et filles.

Les très jeunes me jugent, mais les vieux m’ont plutôt à la bonne. Je ne paie qu’un verre sur deux, et encore. Il y a toujours quelqu’un dans la salle qui fait signe au serveur que mon ouzo ou mon café sont pour lui. Sans contrepartie. A peine un sourire, un échange de prénoms parfois, quelques phrases quand on se connaît mieux (ça fait tout de même trois hivers que je traîne chez eux). Le top, c’est quand ils m’appellent avant que je ne m’asseye. « Katze ! » Assieds-toi, viens avec nous, et on avance enfin dans les curriculum vitae. D’où, quand, comment, qui ? Ça pleut. Mais mes réponses, que je reconnais atypiques (de nulle part, pour une durée indéterminée, célibataire, sans enfant, sans métier) confortent leur vision de mon monde étrange. Nous restons en équilibre et en incompréhension tranquille. Ça me convient.

Jusqu’au jour où j’ai la lubie d’entrer là avec un occasionnel compagnon de balade. Trahison ! Je redeviens une femelle comme les autres, forcément soumise à l’un d’entre eux. Aucune autre option envisageable pour eux. Un homme, une femme, pas de chabada. Mâle dominant, femelle soumise, c’est un peu moins chantant. Je disparais à leurs yeux. Plus de verre, plus de sourires, plus de partage. A la niche, femme ! Au pire, j’ai vu un patron qui me connaissait parfaitement, rendre la monnaie du billet que j’avais mis sur la table à mon camarade du jour qui n’avait rien demandé.

Le machisme est-il une maladie mentale incluse dans tout corps mâle grec à la naissance ? On dirait bien en effet qu’ils ne peuvent en aucun cas faire autrement. C’est visiblement plus fort qu’eux ! Dément ! Stupéfiant. Incompréhensible de notre point de vue. Imparable du leur. Nouvelle leçon de tolérance à la différence. Ce sont les mêmes hommes, je suis la même femme. Mais combien de personnalités avons-nous chacun ?

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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