Rebonjour la Grèce

Si evzone m’était conté…

Avec vingt ans de moins, il a dû faire un bel evzone, me dis-je. Je contemple le quadragénaire qui vient de m’avouer son glorieux passé. J’ai des images plein la tête et malheureusement pour moi, le graphisme jupette et pompons a tendance à me faire sourire. Ce qui ne convient pas du tout à Giorgos. « Ne ris pas ! Pour nous, c’était une vraie fierté de porter le costume des anciens soldats et de symboliser la défense de la patrie. Rien de risible là-dedans. » J’ai vite remis les sourires dans ma poche et j’ai tendu l’oreille.

Recrutement par appel d’offres dans les casernes où  chaque jeune Grec effectue un service de dix-huit mois. Entretien verbal, visite médicale, mensurations, estimation esthétique, chaque prétendant est jugé selon cinq critères validés par des étoiles. Mon interlocuteur était, vingt ans plus tard, toujours aussi fier d’avoir décroché les cinq. Il reconnaît qu’à 18 ans, avec son mètre quatre-vingt-dix, la forme physique due à ses déjà quatre années d’apprentissage dans le bâtiment après une scolarité raccourcie, et un bronzage de bord de mer dû à sa vie à Gythio, il avait sans doute fière allure et c’est tout ce que recherchaient les recruteurs.

Il lui restait un an de service à effectuer. Il les a fait place Syntagma, en faction devant les guérites, en manœuvres devant les touristes, en caserne athénienne avec les cent soixante copains de la promotion  annuelle. « Ça n’a l’air de rien mais c’est épuisant. Il faut être costaud. On rentre le soir avec des genoux comme des melons et les pieds en feu. » Les semelles des lourdes chaussures, les « tsarouchia », sont en bois entièrement cloutées par-dessous pour obtenir bruit et étincelles quand on claque le pas devant le Parlement.

« Et les gens sont de vrais malades, prêts à tout pour nous obliger à bouger. Une fois, un Turc est venu près de moi, a ouvert sa braguette et a commencé à frotter son pénis sur ma main qui tenait le fusil immobile, tandis que ses copains nous photographiaient. J’ai craqué. C’est la seule fois. » Les sentinelles ont un système d’alarme en cas de trop grande difficulté. Deux coups de crosse sur le pavé et un officier médiateur intervient pour les sortir des griffes des imbéciles. Mais bien entendu, chaque jeune se fait un point d’honneur de ne pas lancer le signal… sauf agression sexuelle, homosexuelle et turque par-dessus le marché. Le Top 3 de l’insupportable !

« Il faut dire que votre costume est un peu provocateur. Une jupe, des collants, des pompons sur les chaussures… »

« Mais arrêtez avec ça ! Les pompons sont une arme secrète. Il y a une lame à la verticale cachée dedans. Un seul coup de pied et tu peux éventrer ton adversaire. Ça n’a rien de féminin ! »

J’en suis restée coite. Même pas osé demander si c’était une blague… ou une trahison du Secret Défense. Le mensonge et l’orgueil étant ici religion d’État, sa réponse n’aurait pu qu’aggraver ma perplexité… Mystères helléniques.

[ photo molon.de ]

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Commentaires

01.10 | 16:45

Eh bien oui je pense comme toi mais ce n'est pas la vraie vie nous sommes dans un jeu vidéo .....c'est sur

...
16.08 | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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