Rebonjour la Grèce

Difficiles transparences

Tous les matins, un café à la main, mon regard suit des yeux les arabesques dessinées par les laveuses de carreaux du restaurant où j’entame ma journée extérieure. La façade maritime de celui-ci est entièrement vitrée de portes-fenêtres culminant en arcades à plus de quatre mètres du sol. Une surface de titan à faire briller que les petites mains de l’endroit astiquent absolument tous les jours, embruns marins d’un côté et vapeurs de cuisine de l’autre obligent. Une tâche de Sisyphe, toujours recommencée, jamais remise, sans espoir aucun d’y substituer un jour une solution définitive – sauf à briser toutes les vitres bien sûr. Et pourtant, c’est toujours avec le sourire que les petites abeilles attaquent la montagne, chaque matin. Du vinaigre blanc dans un vieux flacon d’Ajax veuf depuis longtemps de ses coûteux additifs, et un journal économique (ce matin, il s’agit des Echos, version française) ou politique, recyclé en guise de chiffon, rien de tel pour nettoyer les vitres et les vieilles poëles, disait déjà ma grand-mère qui ne connaissait pas encore le téflon. Et là, au moins, les déclarations grandiloquentes et autres mensonges de nos « dirigeants » trouvent-ils une véritable utilité.

Ainsi, les jours de grand vent qui me chassent de la terrasse pour prendre le petit déjeuner à l’intérieur ne me privent aucunement du spectacle de la mer, du jeu des mouettes et de la course des nuages. Bien que présente et protectrice, la fragile surface vitrée est rendue quasi invisible par des fées tenaces et avenantes.

N’en serait-il pas ainsi de ces entités qui nous accompagnent en toute discrétion, et jamais ne se lassent de nettoyer les écrans d’incompréhension et de surdité que nous dressons à longueur de vie sur notre chemin ? J’imagine ces guides aérant à chaque instant les voilages de nos peurs, secouant les masses de connaissances perverties, gommant les sommes de défiance envers l’Autre, pour nous les rendre enfin transparentes et, oui, inutiles. Comme les portes-fenêtres de mon restaurant attendant le printemps pour n’avoir plus de raison d’être et rester enfin largement ouvertes.

Devant les nuages de pollution galopante qui montent de toutes parts depuis deux semaines, je m’accroche à la pensée que les petites fées existent et ne cesseront d’essayer de clarifier nos filtres. Mais il faudra sans doute encore moult flacons de vinaigre indigeste pour faire comprendre à une majorité tétanisée par les doutes que la lumière est de l’autre côté des vitres sales…

 

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Commentaires

Hier | 09:08

intéressant ; ça me parle. Abientôt.

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13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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23.07 | 22:55

Salut chef... Je viens de me souvenir de ce site comment vas tu ? Un petit mail pour avoir de tes nouvelles me ferait plaisir. Gros bisous du moustachu.

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