Rebonjour la Grèce

Elaphonissos

 

« Mais qu’est-ce que vous venez faire ici ? » me demande la logeuse avec un grand sourire, aussi sincère et incongru que sa phrase de prime accueil. J’ai pourtant dûment réservé la chambre 48h à l’avance, confirmé par mail et vérifié avec elle l’heure du dernier bac – 17h – et je suis à 17h30 pile devant sa porte. Mais en vraie Grecque habituée des rendez-vous jamais tenus, elle n’est pas même venue à la réception de sa maison d’hôte, juste au cas où. Bien sûr, une voisine était à une fenêtre et un simple coup  de fil a réglé le problème. J’ai vu arriver une charmante jeune femme quasi effarée de me voir. Et avant tout bonjour, a jailli cette ci-dessus phrase, disons, peu conseillée à un étudiant en BTS hôtellerie, option accueil.

-          Mais vous êtes bien ouverts ?

-          Oui, oui, mais on ne voit jamais personne ici après l’été !

Ici, c’est Elaphonissos, l’île des Cyclopes de l’Odyssée, au sud du doigt de droite du Péloponnèse où Ulysse rencontra le cyclope Polyphème (dixit Pausanias). J’ai entendu parler de l’endroit devant un comptoir de Gythio. J’ai compris que cette île minuscule, reliée au continent toutes les deux heures par dix minutes de bac, possédait une des plus belles plages de tout le pays, et que, malheureusement, pour faire face aux difficultés de l’époque, la municipalité l’avait mise en vente. Et les acheteurs se bousculent. Russes et Qataris se battent à coups de milliards pour obtenir le corps de la belle et en faire une pute de luxe, complexe privé pour milliardaires non partageurs. J’ai donc voulu voir la promise avant sa prise de voile ou sa mise à poil (oui, j’avoue, trop tentant).

Pas de chance ce soir, le temps a tourné. Il fait gris et froid. A l’arrivée de nuit, l’île est lugubre. Où peuvent être les sept cents habitants, terrés sans doute. D’une saison estivale que j’imagine « hypertouristiquée », ne restent que des pergolas dépouillées, des bars design, des cafés lookés, des restos branchés, tous fermés. Sans oublier la télécommande du climatiseur bloquée sur « rafraîchir » dans ma chambre.

Je déniche pourtant un vrai coin grec, tables bleues, chaises blanches, nappes en papier, une côtelette de porc sur la braise dans la cheminée, un match de foot sur une télé pour monsieur, une sitcom familiale pour madame sur l’autre, deux pêcheurs imbibés et une chatte qui attend que tombe l’os de ma grillade.

Ça va, la vie est belle, immuable. Demain, j’irai voir la plage merveille de Simos et je pleurerai sans doute sur les dégâts irréversibles de notre inconscience globale. Mais ce soir, le feu me brûle les joues, le vin me chauffe la gorge et le chat me caresse les mollets. Franchement, vous appelleriez ça comment vous ?!

[ La double plage de Simos, oui, elle est exceptionnelle et encore déserte. Précipitez-vous ! ]

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

...
23.07 | 22:55

Salut chef... Je viens de me souvenir de ce site comment vas tu ? Un petit mail pour avoir de tes nouvelles me ferait plaisir. Gros bisous du moustachu.

...
13.06 | 17:25

eh be......

...
Vous aimez cette page