Rebonjour la Grèce

Les « ports »

Deux enfants, trois enfants, quatre enfants jouant gaiement sur le port du Pirée… Deux marins, trois pêcheurs, quatre vieux buvant doucement sur le port d’Elaia. Ne cherchez pas ces deux noms sur vos cartes. Le Pirée de Dassin et Mercouri a vécu et n’est plus qu’un vaste dépotoir à méthaniers abandonnés ou à caïques méprisés par les nouveaux armateurs chinois.

Le port d’Elaia, quant à lui, est si petit que je suis tombée sur lui par erreur. Comme c’est souvent le cas quand vous conduisez au hasard dans le Péloponnèse, aucune route n’étant droite ni matérialisée, aucun carrefour signalé, aucune direction maîtrisée, et mon seul GPS étant l’entière confiance que je mets en Hermès, dieu des voyageurs, des menteurs et des tricheurs. Sans doute la divinité la plus parfaitement adaptée à une vie grecque fidèle à elle-même.

A l’abri de la jetée, dix barcasses et une taverne  bleue et blanche au nom très original, « To limani », qui veut dire le port. Il y a un café « To limani » sur chaque quai grec. Tous semblables par l’âme : ouverts à l’année, tables carrées dehors l’été, feu de bois dedans l’hiver. Des tasses de café pleines de marc, des verres d’ouzo opalin, des mezzés colorés, parfois un plat du jour si le patron est marié ou peut s’offrir une serveuse ou si les grands-parents ont descendu une courge et quelques œufs du potager dans la montagne, une assiette de poissons frits si la pêche a été bonne, et les incontournables « patatès » (que feraient les Grecs sans une friteuse ?) qu’on dévore avec les doigts, brûlantes et salées au début, collantes mais toujours savoureuses ensuite.

Ces « ports » sont un ancrage pour moi. Je peux y passer quelques heures sans chercher plus loin. Quiétude du moment, brouhaha tranquille des évidences météorologiques ou des constatations dépitées devant l’évanescence des pêches de moins en moins miraculeuses, senteurs des fumées de cigarettes et du bois d’olivier dans le poële, mêlées aux arômes d’anis et de caféine, vieux clichés quasi sépia sur les murs, criblés de chiures de mouches, pour témoigner du temps d’avant, du temps où les poissons crevaient les filets et où les femmes dansaient en cercles festonnés de jupes longues découvrant à peine une cheville gantée de blanc, du temps où la vie était digne et abondante, quoi ! Tellement éloignée de ce jour d’hui régenté par une troïka (mot devenu l’équivalent de Satan en grec moderne) dissolue et sans moralité, que les anciens préfèrent se réfugier dans les « ports » d’attache au passé.

Ce qui, compte tenu d’un horizon économique toujours aussi sombre, garantit au moins quelques années de rentabilité à tous les « limanis » de la côte égéenne.

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Commentaires

13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

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13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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23.07 | 22:55

Salut chef... Je viens de me souvenir de ce site comment vas tu ? Un petit mail pour avoir de tes nouvelles me ferait plaisir. Gros bisous du moustachu.

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13.06 | 17:25

eh be......

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