Rebonjour la Grèce

Olives

Mais quel jour sommes-nous donc ? Ici tous les jours ressemblent pour moi aux dimanches. J’ai perdu tout calendrier. Il est 10 heures, je vais déjà descendre jusqu’à la place pour boire un café frappé, j’aviserai ensuite.

-          Elina ?! (Ne me demandez pas pourquoi ces gens ne parviennent pas à mettre les voyelles de mon prénom dans le bon ordre, mais bon, je me suis habituée, je me reconnais désormais dans ce Elina dont chacun me hèle sur les quais). J’emmène ma mère faire un tour dans le Magne pour une heure. Tu viens ?

La voix monte dans l’escalier, c’est celle de Petros, mon propriétaire et voisin puisqu’il vit au rez-de-chaussée, sa vieille maman résidant, elle, au premier, sous mes pieds.

-          Mais oui, avec plaisir !

Voilà mon problème de planning réglé. Des baskets et un maillot (on ne sait jamais où les balades finissent), l’appareil photo, et  j’embarque derrière Maman dans la vieille voiture. Nous voilà partis dans la montagne.  En fait, la mère et le fils ont un objectif : dépouiller au moins trois de leurs deux cent cinquante oliviers des fruits qui commencent à arriver à maturité. Et à trois, on va plus vite évidemment qu’à deux, surtout quand une des deux vient de fêter ses 88 ans, même gaillardement, à cet âge-là, on est tout de même moins productif. Mais beaucoup plus avertie.

En plein milieu d’une mer d’arbres ployant en effet sous une fructification intense, la voiture s’arrête à l’entrée d’une banquette de terre rouge. Pourquoi celle-ci et comment la reconnaît-on ? Mystère.  Je suis mes deux acolytes qui savent où ils vont. Ils ont jeté leur dévolu sur un arbre qui paraît choisi au hasard, mais je suis bien sûre que non. Le fils déploie une vaste toile huilée sur le sol, dégaine une petite scie à main et commence à faire tomber certaines branches, guidé avec précision par les indications de maman qui sait, elle, comment on taille un olivier. Pour moi, armée d’une baguette souple que Petros a arrachée à l’arbre et effeuillée à coups de hachette, je gaule littéralement les branchages qui choient, les olives cascadent sur la toile en faisant le même bruit que les premières grosses gouttes d’un orage d’été, les branches dénudées rejoignent ensuite un tas de déchets qui sera brûlé une fois sec, une petite mer de perles vertes gonfle progressivement sur la bâche. Au fur et à mesure de la taille, la toile, la baguette et moi suivons les deux coupeurs, l’indicatrice et l’exécutant. Il fait une chaleur anormale pour cette fin novembre, il n’y a pas un souffle d’air. Battre l’air et les feuilles à coups de cravache répétés est un plaisir de gamin mal élevé, mais au bout d’une heure, la sueur tombe un peu dans les yeux, y exacerbant la brûlure du pollen. Bon, finalement, c’est un vrai boulot. Et je ne ferai pas ça dix heures d’affilée.

Mais en levant un peu la tête, je vois les couleurs éternelles du ciel bleu dur à travers les frondaisons argentées, j’entends la voix des pâtres antiques rappelant leurs chèvres gourmandes, je sens le goût de l’olive immémoriale mêlée au lait de brebis sur ma langue, je contemple le tapis de colchiques nacrés qui annonce et enchante la progression lente de l’automne, et je me demande à nouveau : « Mais quel jour sommes-nous ? Quelle année, quelle époque, quelle vie ?! » La Vie, tout simplement. Merci à vous, voisins…

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Commentaires

13.08 | 12:04

Voilà voilà ! Le temps file trop vite ici que veux-tu ! Mais je ne vous oublie pas. Bises à tous.

...
13.08 | 00:59

Rien de nouveau à lire? Notre plumé est en vacance?...........bon ben attendons.....

Bise à te lire bientot.

Patrick

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23.07 | 22:55

Salut chef... Je viens de me souvenir de ce site comment vas tu ? Un petit mail pour avoir de tes nouvelles me ferait plaisir. Gros bisous du moustachu.

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13.06 | 17:25

eh be......

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