Reprenons...

Tous déréglés…

Au premier regard, j’ai cru voir une épave flottante, un morceau de bois ou de métal qui aurait échoué dans le port et se déplacerait au fil des courants. Une seconde m’a suffi pour comprendre mon erreur. Cet objet tombé dans le coin le mieux protégé de l’abri portuaire ne pouvait en aucun cas se déplacer si vite. Encore quelques secondes d’hésitation, plongeur ? carcasse coincée dans une ancre dérivante ? mais je me suis vite rendue à l’évidence. Un second morceau de bois ou de métal venait de se manifester à la suite du premier triangle. Et ils étaient visiblement reliés et animés d’une vie propre. Car il s’agissait bien de l’émergence de la dorsale et d’une moitié de la caudale d’un requin qui chassait en cercle à la poupe des caïques. Un joli mètre cinquante, gris acier, sans doute – les squales ne sont pas ma spécialité – de ceux que les locaux appellent des « chiens de mer ». Tout de même, il se pavanait en surface à moins d’un mètre des quatre marches qui le séparaient de ma terrasse matinale. Je me suis souvenue que, contrairement aux orques, les requins ne se jettent pas à la côte pour saisir les otaries. J’ai donc terminé mon café sans m’alarmer. Personne d’ailleurs autour de moi ne s’est inquiété de la bestiole, malgré l’incongruité de sa présence en rade trop humaine.

De retour chez moi, un bruit strident m’a attirée sur le balcon. Aucun doute là non plus, une cigale jouait des cymbales sur une branche du laurier-rose. À des kilomètres de son habitat habituel. Sans doute expulsée de son arbre par les feux qui ont ravagé une grande partie de la péninsule ces dernières semaines. Mais quelle drôle d’idée de choisir un balcon citadin et une branche d’arbuste toxique pour se recréer un environnement propice à l’accouplement salvateur de la lignée avant la fin de l’été ?! La fièvre du rut et l’épaisseur des fumées doivent être un équivalent pour les cigales du crack à haute dose pour l’homme.

Nous semblons avoir réussi à faire perdre leurs repères même à certains des animaux les plus anciens de la planète. Pas de quoi être fiers…

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Commentaires

29.09 | 08:21

quel plaisir de voir que tu as repris la souris, te répondrai directement bientôt.
Monique

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28.09 | 22:04

et la vie continue ses avancées, sourdes et aveugles aux mouvements chaotique et bruyant de la fourmilière anarchique actuelle qu'est l'humanité....

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28.09 | 22:01

si juste et si bien exprimer, bravo ! ...

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28.09 | 21:58

QUel beau texte, magnifique expression de cette si cruelle et réelle vérité.. une question si simple est posée... ou se trouve donc la continuité de la Vie ?

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