Reprenons...

Europe, libre circulation des biens et des personnes. Ah...

J’avais déjà eu quelques soucis lors de mon premier séjour en Grèce avec un véhicule immatriculé en France. Après des jours de discussions stériles et de compulsion de dossiers de consignes européennes pléthoriques, j’avais finalement dû réexpédier ma belle voiture rouge en France, la revendre (RIP)  et en acheter sur place une petite verte déjà grecque.

Cette Rénô, comme on dit ici, était âgée, peu vivace et excessivement gourmande en essence. Après trois ans, j’ai donc décidé de la donner à un jeune ménage aux moyens affaiblis par la crise, et d’investir (à la petite taille de ma bourse !) dans une occasion plus récente et plus vive.

Le marché de l’occasion en Grèce est soit régi par les pros pratiquant des tarifs inaccessibles, soit gangrené par des privés pratiquant tricheries et maquillages à outrance. Il était donc recommandé d’acheter en France.

Instruite par l’expérience, j’ai contacté la douane avant toute démarche d’achat. « Pas de souci. Nouvelle norme européenne cette année : toute voiture de petit modèle et d’année récente est transférable en plaques grecques moyennant une taxe unique de 400€. »  Raisonnable pour une TVA ? Oui.

Un ami trouve ce que je cherche à Clermont-Ferrand. Je vais donc chercher la petite Sandero, rouge. Je la ramène en Grèce à travers l’Italie et l’Adriatique – Les passages de frontières en ces temps d’épidémie méritent un article à eux seuls ; voyage en Absurdie. – et je retourne voir les douaniers.

Aïe ! Nouvelle équipe. Les anciens ont pris leur retraite à Noël. « Impossible ! Tu dois avoir une carte grise à ton nom. » J’avais juste le certificat de cession et je pensais passer la voiture directement en papiers grecs. Que nenni ! Trop simple !

J’ai donc dû faire faire (et payer) une carte grise française pour quelques semaines de transition. – Les péripéties d’obtention de ce papier à travers des sites virtuels gouvernementaux et en l’absence de tout interlocuteur vivant, mériteraient elles aussi un article à part : Voyage en paranoïa ! – La Poste, Covid oblige, ayant pris son temps, la carte est arrivée entre mes mains fin avril.

Entretemps, le douanier récalcitrant m’avait arrêtée deux fois alors que je marchais dans la rue, donc tout à fait en dehors de son domaine de compétences. « Tu n’es pas en règle. Tu vis ici à l’année. Tu ne peux pas avoir de voiture française.

-- Je sais ! Je suis déjà venue te voir deux fois pour ça. J’attends les papiers que tu as demandés. Et de toute façon, j’ai six mois pour changer les plaques.

-- Non, ça a changé. Tu n’as qu’un mois. C’est moi le douanier, donne-moi tes papiers.

-- Pas question, je viendrai lundi avec ma copine.  »

Grommellements en réponse. Mais vu la faiblesse de mon grec, ce pouvait être n’importe quoi de désagréable. J’attendis donc avec impatience la venue de mon amie parfaitement bilingue et connaissant tout le monde au village.

Dès son arrivée, elle appelle son vieil ami, celui-là même qui nous avait reçues, et rassurées, avant de prendre sa retraite. Réponse du monsieur : « En aucun cas les choses n'ont changé. Vous avez évidemment six mois pour immatriculer la voiture. Ce nouveau cherche seulement à t'impressionner pour obtenir la prime de 200€ (?!) que touchent tous ceux qui relèvent une infraction » Whaouh ! Voilà qui explique un peu mieux les choses. 

Sans ma copine et son carnet d’adresses, je me faisais avoir. C’est douloureux à constater. Pauvre humanité décidément.

Au bureau de la douane, changement de ton en présence d’une personnalité locale bilingue. Mais non, il n’y a pas de souci. Il voulait seulement m’aider, parce que des gens avaient téléphoné pour signaler ma nouvelle voiture, je devais la mettre en règle, etc. Autant de sourires, autant de mensonges. Et pour finir, je vais devoir rémunérer 150€ un « expert » qui décidera du montant de ma TVA. Qui pourrait monter jusqu’à 1000€. On est loin des 400 de départ. J’ai la confuse sensation de me faire avoir quand même, sous une autre forme. Le dossier est parti pour Athènes. A suivre.

Deux conclusions rapides en l’état des choses.

S’expatrier sans connaître la langue, c’est plonger en eaux froides infestées de requins sans savoir nager.

Et du côté du verre à moitié plein, j’ai aussi le privilège de pouvoir faire face à ces extorsions de fonds. Merci le système sécuritaire français. Mais il a ses limites.

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Commentaires

29.09 | 08:21

quel plaisir de voir que tu as repris la souris, te répondrai directement bientôt.
Monique

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28.09 | 22:04

et la vie continue ses avancées, sourdes et aveugles aux mouvements chaotique et bruyant de la fourmilière anarchique actuelle qu'est l'humanité....

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28.09 | 22:01

si juste et si bien exprimer, bravo ! ...

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28.09 | 21:58

QUel beau texte, magnifique expression de cette si cruelle et réelle vérité.. une question si simple est posée... ou se trouve donc la continuité de la Vie ?

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