Reprenons...

La verrue

Une luxueuse berline Audi, lustrée de lumière noire, est posée ce matin devant les containers à poubelles du port. Au milieu des pick-up poussiéreux des pêcheurs, des voiliers épaves rouillés saisis par la douane, et des amas de filets mêlés de cordages effilochés abandonnés là depuis des années. Cette voiture arrogante fait ici figure de verrue étincelante.

D’autant plus qu’elle est immatriculée en Grande-Bretagne. Ce qui la rend encore plus insolite. Qui, disposant de moyens visiblement conséquents, va traverser la Manche et l’Europe avec son propre véhicule – plutôt qu’en louer un --, et le garder aussi propre quelles que soient les conditions du voyage ? Voici trois semaines que nous autres sommes étouffés de sables sahariens et qu’aucun lustrage n’en débarrasse les voitures pour plus d’une heure. Comment fait donc ce British mystérieux ? Et que fait sa voiture, en la seule compagnie des mouettes ?

Les hypothèses incongrues se bousculent dans ma tête, nourries de toutes les séries et romans policiers que j’ai ingurgités au fil du temps, et particulièrement en accéléré cette dernière année. Mais rien ne tient la route, au sens propre… Ah ah !

Plus sérieusement, je m’interroge en la regardant sur ce qu’est devenue ma vision de l’Europe. Est-ce que cette voiture aurait retenu mon attention si sa plaque avait été allemande ou autrichienne ? Clairement non. Du moins pas pour les mêmes raisons. J’aurais juste déploré, une fois de plus, la propension qu’ont les nantis du nord à considérer la Grèce comme leur Marineland réservé.

Là, c’est autre chose. Je ne peux que constater, à mon esprit défendant, l’effritement de la notion d’Europe. Les Anglais ont déjà changé leur passeport. Il est noir désormais (mais toujours fabriqué en France, petit gag à part). Les Hongrois, les Serbes et tant d’autres ont fermé leurs frontières. Les Macédoniens ont même matérialisé la leur avec des rouleaux de barbelés farcis de lames de rasoir. « Contre les migrants »…

Exclusion, rejet, peurs galopantes. Je me rends compte que ces évolutions pour moi désastreuses sont insidieuses et bien prégnantes. Avec la meilleure volonté, des connexions inconscientes se font dans l’esprit. Ce matin, cette voiture qui brille est ma leçon. Redresser mes synapses polluées. Remettre de l’ouverture dans les rouages. Après plus d’un an de fermetures en tous genres, l’exercice menace d’être ardu. Mais indispensable !

Merci la verrue !

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Commentaires

29.09 | 08:21

quel plaisir de voir que tu as repris la souris, te répondrai directement bientôt.
Monique

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28.09 | 22:04

et la vie continue ses avancées, sourdes et aveugles aux mouvements chaotique et bruyant de la fourmilière anarchique actuelle qu'est l'humanité....

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28.09 | 22:01

si juste et si bien exprimer, bravo ! ...

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28.09 | 21:58

QUel beau texte, magnifique expression de cette si cruelle et réelle vérité.. une question si simple est posée... ou se trouve donc la continuité de la Vie ?

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